mardi 4 juin 2013

le Féericologue, invité de "Bob vous dit toute la vérité"

Jeudi 30 mai j'étais l'invité de l'émission " Bob vous dit toute la vérité" sur Ado, entre 21h et 22h. 

Les Lutins étaient au menu !

Pour réécouter ce moment étrange c'est
*

lundi 3 juin 2013

La Porte Enchantée






Chercheur de champignons est une activité dont on ne perçoit pas toujours le côté aventureux. Oui, c’est sûr, çà ne saute pas aux yeux du premier coup. On croit le plus souvent que c’est un passe-temps pépère, réservé aux joueurs de dominos ou aux collectionneurs de boites de camembert. Et bien…pas forcément. Un chercheur de champignons peut au cours de sa carrière mycologique se voir confronté à des situations particulièrement étranges. Grisé par sa traque de chanterelles ou de pieds de moutons, il peut s’enfoncer profondément dans les coins les plus sauvages de la forêt. Là où mêmes les chasseurs les plus intrépides n’iront jamais se fourrer. C’est dans ces lieux écartés que surgit parfois l’évènement extraordinaire. L’événement qui marquera à jamais toute son existence de chercheur de champignons.
Ce fut précisément le cas pour François Clément. Un habitant du petit  hameau de Belverte. Un familier de la forêt de la Faye. Un mycologue amateur, très friand de Coulemelles et d’Amanite des césars. En ce mois d’octobre 1983, François Clément  furetait d’une futaie à l’autre sans parvenir à remplir le fond de son panier. Sa récolte n’allait pas être bien fameuse. Tout juste de quoi faire une petite omelette. Enfin, en chercheur de champignon expérimenté, François savait que la chance vient parfois  vous surprendre à l’instant précis  où l’on n’y croyait plus. On était jamais à l’abri de tomber brusquement sur le rond gris-noir d’une colonie de Trompettes des morts.
François Clément sillonnait les bois depuis plusieurs heures quand son regard fut attiré par un spectacle insolite. Devant lui se dressaient deux arbres presque jumeaux qui formaient une sorte de porche en pleine forêt. A deux mètres au-dessus du sol, leurs branches s’enlaçaient harmonieusement ce qui créait l’illusion de se retrouver face à une espèce de porte naturelle. En s’approchant, François remarqua que le lierre grimpait sur leurs troncs comme un serpent à plumes. Enfin, c’est l’étrange image qui lui vint à l’esprit. François Clément ne savait pas qu’il fallait se méfier de certaines bizarreries forestières. Qu’il existait ici ou là, des passages mystérieux qui conduisent vers d’autres mondes. François ne sut résister à la tentation, il se faufila entre les deux arbres sans se douter une seconde qu’il franchissait une porte enchantée.  Il fit deux pas à peine puis il perçut une belle et étrange musique qui venait du fond des bois. Une musique qui semblait l’appeler…

La musique se faufilait entre les arbres. Elle dansait. Et François Clément était irrésistiblement attiré par cet air joyeux et mystérieux.  Il ne connaissait pas ce coin de la forêt de la Faye. Il marchait un peu incrédule, son panier à champignons sous le bras.  Au bout de quelques minutes, il quitta le couvert des bois pour déboucher dans un pré ou plutôt un grand verger. Il s’avança au milieu de petits arbres étonnants.  Des espèces de pommiers nains chargés de belles pommes vertes ou oranges.  Au bout du verger, il apercevait une maison basse. C’est de là, lui semblait-il, que s’échappait la délicate musique. Il ne la distinguait pas très bien car le soleil déclinant l’éblouissait. Tout autour de lui le paysage se parait d’une curieuse lumière dorée. Même le silence lui paraissait curieux. Pas la moindre rumeur au loin, ni voiture, ni train, ni avion. Rien que cette douce musique. Avant d’atteindre la maison, son regard s’est posé sur le sol. Il a eut l’air intrigué. Il s’est penché et il n’en revenait pas. Tous les trèfles qu’il venait de fouler étaient des trèfles à quatre feuilles. Un véritable champ d’herbe à chance ! Épaté, François en cueillit un brin et le glissa à sa boutonnière. Puis, en contournant la maison, il découvrit enfin la maîtresse des lieux.
C’était une grande femme blonde qui chantait et dansait dans son jardin. François eut l’impression qu’ autour d’elle les fleurs s’agitaient en cadence. La dame en l’apercevant lui fit bon accueil. Comme sa très grande beauté l’impressionnait, François lui demanda très vite en bafouillant un peu si elle pouvait lui indiquer le chemin du village. Elle lui répondit qu’il devait refaire le chemin inverse et passer au milieu des deux arbres jumeaux à reculons. Après il devrait facilement retrouver sa route. Comme François s’apprêtait à repartir après l’avoir remercié. La dame blonde regarda le fond du panier du chercheur de champignon. Elle eut un petit sourire malicieux et sortit de sa poche un sachet de graines qu’elle lui tendit en lui conseillant de les semer tout de suite en arrivant chez lui. Un petit cadeau pour qu’il se souvienne de leur rencontre, lui souffla-t-elle.
Plus tard François a bien essayé de retrouvé le chemin qui conduit chez la Dame blonde mais il n’y ait jamais parvenu. Même en franchissant l’étrange porte formée par les arbres jumeaux. Alors, le chercheur de champignon a comprit la leçon : On ne décide jamais d’aller dans l’Autre-Monde c’est toujours lui qui vient nous chercher.
Si, un de ces jours, vous passez par Belverte, vous reconnaîtrez facilement la maison de François Clément.  C’est la seule où dans le jardin au lieu de fleurs poussent des champignons !

vendredi 31 mai 2013

Le Grand Livre des Esprits de la Nature


 Richard Ely et Fréderique Devos nous offrent un magnifique grimoire pour partir à la rencontre des créatures merveilleuses. Pas de doute, ces deux-là ont joyeusement profité des confidences de leurs bonnes fées marraines pour pouvoir nous livrer autant de puissants secrets et d'images enjôleuses.

Un livre rare qui nous murmure avec poésie  la "vérité" des Esprits de la Nature.

jeudi 30 mai 2013

Historiettes malicieuses


Une critique très (trop!) élogieuse de mon petit bouquin les "franches contées" signée par le talentueux Richard Ely sur l'excellent Peuple Féerique




" C’est un vrai bonheur que de lire ces historiettes malicieuses ! "
 Richard Ely

Le Foulto de l'Henri




 Ce matin d’automne, un jeune agent immobilier, cigarette blonde aux lèvres, plissait les yeux en vissant une pancarte en plastique. Maintenant sur la vieille porte en bois d’une ferme franc-comtoise on pouvait lire en grosses lettres noires : A VENDRE. L’homme en cravate regarda un instant son œuvre pour voir s’il ne l’avait pas posé de travers. Satisfait, l’agent immobilier retourna bien vite à sa voiture.Il ne supportait pas longtemps l’air de la campagne.  D’une pichenette il envoya au loin son mégot qui atterrit dans un vieux bol ébréché posé en évidence à l’entrée de l’étable.

 A près son départ, un petit tourbillon de poussières vint aussitôt courir dans la  cour déserte. Les vieux du pays appelaient çà un « foulto ».  Le vent s’amusait à tourner les pages du journal oublié sur une table de jardin. Il y mettait assez d’espièglerie pour donner l’impression qu’une créature invisible lisait nerveusement les nouvelles du jour. Un œil attentif aurait même put remarquer qu’il s’attarda plus longuement sur la page nécrologie. Ce matin de fin septembre, on y annonçait le décès d’Henri Lopinot.

A Vieux-Charmont, son village,  l’Henri passait pour une sorte de célébrité locale. Pour bien des Charmontais il n’était d’ailleurs pas Henri Lopinot mais Henri Foulto. C’est que ce bonhomme-là, voyez-vous, ne parlait que de ça : de son Foulto !

Tout avait commencé bien avant la naissance de l’agent immobilier. A l’époque Henri  Lopinot était très jeune. Il venait d’acheter  sa ferme. L’ancien propriétaire avant de lui tendre les clefs lui avait fait une dernière recommandation. Après la tombée du soir, Henri devait  toujours veiller à déposer un peu de crème dans le bol à l’entrée de l’étable. La « part du Foulto », avait dit le vieux. L’Henri, a fait « oui, oui, bien sûr » mais au fond de lui il pensait «  compte dessus et bois de l’eau ! ». Et puis, il s’est dépêché d’oublier.

Un jour, - peut-être un mois après son emménagement dans la ferme – l’Henri  remarqua que ses poules ne pondaient plus. Çà a duré des semaines et puis un soir en montant chercher quelque chose  au grenier il a marché sur des coquilles vides, des centaines de coquilles d’œuf étalées sur le plancher. C’est-là qu’il a comprit que le Foulto n’était peut-être pas de la blague. Seulement, il était déjà trop tard pour se rabibocher. Il faut savoir qu’une fâcherie de Foulto ça peut courir sur deux ou trois générations ! 

Pour Henri Lopinot, l’affaire des œufs ne fut que la première étape d’une succession d’évènements malheureux. La semaine suivante sa charrue s’est brisée net contre un rocher, puis son tracteur a coulé une bielle. Alors pour Henri Lopinot, c’est devenu une  litanie quotidienne : le Foulto, le Foulto, le Foulto. Tout était toujours de la faute du Foulto.

Quand son puits s’est trouvé à sec en 1957,il n’avait aucun doute c’était à nouveau un méchant tour du Foulto. Quand, deux ans plus tard,  sa femme est partie avec un marchand de volailles, encore le Foulto ! toujours ce foutu foultot !

A Vieux-Charmont y’en avait beaucoup pour affirmer que l’Henri avait un grain. Et même un gros grain de folie. Son soi-disant Foulto le rendait fou. Quand l’Henri se rendait à l’épicerie-bar-tabac, la patronne lui demandait toujours :

_ Alors l’Henri comment y va ton Foulto ?

Il y’a belle lurette  que l’Henri ne répondait plus rien. Il savait qu’on ne pouvait croire à certaines choses si on n’y avait pas été confronté directement. Oui de son Foulto, on en rigolait et pas que dans son dos. Les piliers de bistro et les commères de boulangerie s’en donnaient à cœur joie. Même quand l’Henri est mort certaines mauvaises langues du village de Vieux-Charmont n’ont pas put s’empêché de ricaner « à mon avis c’est la faute du Foulto ». Ils se trompaient.  A 83 ans, l’Henri avait juste fait son temps. On pouvait même s’imaginer que c’était  son incessante lutte contre cet ennemi intime (imaginaire ou non) qui l’avait tenu en vie aussi longtemps.



Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est qu’Henri Lopinot n’a jamais vu celui qui avait empoisonné son existence pendant près de soixante ans. Son Foulto était toujours resté invisible. Comme le vent qui ce matin de septembre, dans la cour d’une vieille ferme,  tournait les pages d’un journal et s’attardait à la rubrique nécrologie.




mardi 28 mai 2013

Le Féericologue en balade sur les ondes bleues

Aujourd'hui petites escapade sur France bleu Besançon...






dimanche 19 mai 2013

La vieille gamine


Pour fêter ses 70 ans, Viviane Morlet avait reçu un perfide cadeau. Les créatures, qu'on dit imaginaires, l'avaient enfermé dans une cage  pour y ronger un os de  nostalgie. Depuis, chaque nuit, elle y pleurait sa belle enfance à jamais perdue. Elle mouillait son oreiller de larmes salées en  rêvant qu'elle se noyait au fond de l'océan breton. Elle rêvait  qu'elle avalait des poissons puis  parlait en bulles de savon.

Les gens bien-pensants disaient qu'elle était retombée en enfance. Qu'elle marchait dans les flaques de pluie et mangeait la confiture de fraises avec ses doigts. Qu'elle enlaçait les grands arbres en leur murmurant des secrets. Ses voisins se plaignaient que parfois elle leur tirait la langue.
Même un bouton d'or fané reste un bouton d'or. Elle était juste une gamine qui avait doucement vieillit. Une jolie gamine à cheveux blancs, taquinée par les abomiffreuses  semeuses de mélancolie bleue.

Son prénom commençait par Vie et son nom par Mort, elle s'appelait Viviane Morlet. Une nuit telle une somnambule elle est partie dans la forêt pour y rejoindre les créatures qu'on dit imaginaires. Depuis Viviane  vit sur l'île d'Avalon, elle a des cheveux blonds et son sourire  a comme un goût de bonbon.