lundi 1 juillet 2013
dimanche 23 juin 2013
Fée du ruisseau
Ce
jour-là, la météo faisait grise mine. Il tombait des gouttes. Pourtant madame
Bourquin s’était tout de même décidé à partir faire un petit tour dans les
bois. Elle en avait plus qu’assez de rester cloitré chez elle. Quinze jours au
moins que le froid l’avait dissuadé d’aller faire une promenade. Cette année-là
le printemps peinait à s’installer. Le calendrier affichait fin avril mais les
coucous et les anémones commençaient tout juste à tapisser les sous-bois.
Chaussée
de grandes bottes en caoutchouc rouges, Madame Bourquin était heureuse de retrouver
sa forêt. Il lui venait presque l’envie de chanter mais en fait elle avait
surtout lâché quelques jurons démodés en
découvrant des canettes de bières abandonnées au bord de son chemin. En maugréant,
elle les avait consciencieusement ramassés et fourrés dans un sac plastique
qu’elle emportait toujours avec elle quand elle partait en promenade. Ce n’était pas pour autant qu’elle se proclamait
écologiste, non mais madame Bourquin trouvait
que jeter ainsi des détritus se montrait très malpoli vis-à-vis de la
beauté forestière.
Il
pleuvait mais pas beaucoup. Elle se sentait revivre. Au gré de sa balade,
Madame Bourquin s’arrêtait ici où là pour observer les premiers bourgeons où s’accrochaient
de fines gouttelettes transparentes. En contemplant
ces petites merveilles toute simples elle se sentait heureuse. Elle marchait
depuis une demi-heure quand l’envie lui vint de descendre jusqu’au
ruisseau. Le petit cours d’eau serpentait en contrebas du sentier. Madame Bourquin est descendu prudemment. En
faisant craquer les branches mortes et en prenant bien garde de ne pas glisser
sur les feuilles humides. A presque soixante-dix ans elle restait
toujours intrépide. La partie du
bois où elle s’aventurait maintenant se
composait surtout de vieux arbres moussus, poilus. Des grands feuillus étranges
à l’écorce verte. Plus elle s’approchait et plus le chant du ruisseau
l’appelait. Il chuchotait « venez venez vous ne serez pas déçut.
Venez Béatrice. »
Il
n’y avait plus beaucoup de gens aujourd’hui qui l’appelait Béatrice. A bien y réfléchir c’était tout de même un peu curieux
que le petit ruisseau connaisse son prénom. Cette idée la fit sourire, Béatrice
Bourquin avait toujours eut l’esprit fantasque. S’imaginer que le ruisseau lui
parlait faisait partie des petites fantaisies qu’elle s’accordait. A son âge,
elle pouvait se le permettre.
Béatrice
se trouvait à quelques mètres des berges du ruisseau quand elle eut comme une
hallucination. Elle vit très nettement une chose délicieusement jolie mais
totalement incroyable. Béatrice Bourquin s’était arrêté de marcher. Et aussi
presque arrêté de respirer.
Madame
Bourquin regardait le ruisseau d’un air totalement désorienté. Elle n’arrivait
pas à en croire ses yeux. Là-bas, droit devant elle. Il y avait quelque chose
dans l’eau. Quelque chose qui s’agitait. Qui bougeait comme une chose réelle. Une
chose qui pourtant n’aurait pas dut être vrai. Elle a plusieurs fois cligné des yeux. Et puis,
elle s’est tout de même décidée à s’approcher. Encore plus doucement, encore
plus prudemment qu’auparavant. Là, dans l’eau, juste en dessous d’une petite
cascade, elle a vu… une fille qui se baignait. Qui faisait sa toilette dans
l’eau écumeuse et glacée. Oh ! Mais pas n’importe quelle fille. Une
petite. Une toute petite. Ah ! Çà c’est sûr ce n’était pas de la fille
ordinaire. Pas de celle qu’elle croisait à la boulangerie ou chez le boucher.
C’était une fille… verte. Du vert tendre
comme la couleur des jeunes orties. Madame Bourquin avait toujours du mal à
croire ce qu’elle voyait. Faut se mettre à sa place. Ce n’est quand même pas
tout les jours qu’on croise une fille verte qui en plus se baigne toute nue
dans un ruisseau.
Près
de la cascade, la créature se débarbouillait à grandes éclaboussures. La fille verte se frottait les pieds en
louchant un peu. A un moment elle s’est mise à chanter. La baigneuse ne s’était
toujours pas rendu compte que madame Bourquin l’observait depuis un bon quart
d’heure. Son chant très doux se mélangeait à celui du ruisseau. A peine plus grande qu’une fourchette, cette
fille verte était vraiment jolie. Elle coiffait ses longs cheveux. Des cheveux
noirs comme du charbon. Madame Bourquin éprouvait une telle fascination qu’elle
s’est approchée encore un peu. Juste un peu. Il y eut un gros craquement la
fille verte s’est tourné vers elle et lui a jeté un regard féroce. Elle s’est redressée
Et dix fois plus rapide qu’une
grenouille, elle a plongé dans les profondeurs du ruisseau !
Madame
Bourquin est resté là, toujours éberluée. Un peu sonné par ce qu’elle venait de
surprendre. Sur un petit rocher, tout près de l’endroit où la fille se
baignait, il y avait l’empreinte humide
d’un pied. Une minuscule empreinte parfaitement dessinée où l’on pouvait voir
six orteils...
Béatrice
a tout de suite comprit qu’elle ne pourrait jamais raconter son aventure. Tout
le monde aurait pensé qu’elle devenait gaga. De toute façons, à la réflexion,
elle n’avait pas tant envie que çà d’en parler. A moi, elle a tout-de-même
finit par me le raconter. Un soir de l’hiver dernier, elle m’a dit « tiens vous qu’aimer les
histoires, bin moi j’en aie vécu une que
vous n’allez jamais croire. »
Pourtant
Moi, son histoire je l’ai cru. La preuve, hier après midi, je suis descendu
près de son ruisseau. En espérant que moi aussi j’aurais la chance d’ apercevoir une petite dame verte. Mais je n'ai
rien vu, sauf une canette de bière vide qui flottait sur l’eau…
dimanche 9 juin 2013
jeudi 6 juin 2013
mardi 4 juin 2013
le Féericologue, invité de "Bob vous dit toute la vérité"
Jeudi 30 mai j'étais l'invité de l'émission " Bob vous dit toute la vérité" sur Ado, entre 21h et 22h.
Les Lutins étaient au menu !
Pour réécouter ce moment étrange c'est là
*
lundi 3 juin 2013
La Porte Enchantée
Chercheur
de champignons est une activité dont on ne perçoit pas toujours le côté
aventureux. Oui, c’est sûr, çà ne saute pas aux yeux du premier coup. On croit
le plus souvent que c’est un passe-temps pépère, réservé aux joueurs de dominos
ou aux collectionneurs de boites de camembert. Et bien…pas forcément. Un chercheur
de champignons peut au cours de sa carrière mycologique se voir confronté à des
situations particulièrement étranges. Grisé par sa traque de chanterelles ou de
pieds de moutons, il peut s’enfoncer profondément dans les coins les plus
sauvages de la forêt. Là où mêmes les chasseurs les plus intrépides n’iront
jamais se fourrer. C’est dans ces lieux écartés que surgit parfois l’évènement extraordinaire.
L’événement qui marquera à jamais toute son existence de chercheur de
champignons.
Ce
fut précisément le cas pour François Clément. Un habitant du petit hameau de Belverte. Un familier de la forêt de
la Faye. Un mycologue amateur, très friand de Coulemelles et d’Amanite des césars. En ce mois d’octobre
1983, François Clément furetait d’une
futaie à l’autre sans parvenir à remplir le fond de son panier. Sa récolte n’allait
pas être bien fameuse. Tout juste de quoi faire une petite omelette. Enfin, en
chercheur de champignon expérimenté, François savait que la chance vient parfois vous
surprendre à l’instant précis où l’on n’y croyait plus. On était jamais à l’abri
de tomber brusquement sur le rond gris-noir d’une colonie de Trompettes des morts.
François
Clément sillonnait les bois depuis plusieurs heures quand son regard fut attiré
par un spectacle insolite. Devant lui se dressaient deux arbres presque jumeaux
qui formaient une sorte de porche en pleine forêt. A deux mètres au-dessus du
sol, leurs branches s’enlaçaient harmonieusement ce qui créait l’illusion de se
retrouver face à une espèce de porte naturelle. En s’approchant, François
remarqua que le lierre grimpait sur leurs troncs comme un serpent à plumes.
Enfin, c’est l’étrange image qui lui vint à l’esprit. François Clément ne
savait pas qu’il fallait se méfier de certaines bizarreries forestières. Qu’il
existait ici ou là, des passages mystérieux qui conduisent vers d’autres
mondes. François ne sut résister à la tentation, il se faufila entre les deux
arbres sans se douter une seconde qu’il franchissait une porte enchantée. Il fit deux pas à peine puis il perçut une
belle et étrange musique qui venait du fond des bois. Une musique qui semblait
l’appeler…
La
musique se faufilait entre les arbres. Elle dansait. Et François Clément était
irrésistiblement attiré par cet air joyeux et mystérieux. Il ne connaissait pas ce coin de la forêt de
la Faye. Il marchait un peu incrédule, son panier à champignons sous le bras. Au bout de quelques minutes, il quitta le
couvert des bois pour déboucher dans un pré ou plutôt un grand verger. Il
s’avança au milieu de petits arbres étonnants.
Des espèces de pommiers nains chargés de belles pommes vertes ou
oranges. Au bout du verger, il
apercevait une maison basse. C’est de là, lui semblait-il, que s’échappait la délicate
musique. Il ne la distinguait pas très bien car le soleil déclinant
l’éblouissait. Tout autour de lui le paysage se parait d’une curieuse lumière
dorée. Même le silence lui paraissait curieux. Pas la moindre rumeur au loin,
ni voiture, ni train, ni avion. Rien que cette douce musique. Avant d’atteindre
la maison, son regard s’est posé sur le sol. Il a eut l’air intrigué. Il s’est
penché et il n’en revenait pas. Tous les trèfles qu’il venait de fouler étaient
des trèfles à quatre feuilles. Un véritable champ d’herbe à chance !
Épaté, François en cueillit un brin et le glissa à sa boutonnière. Puis, en
contournant la maison, il découvrit enfin la maîtresse des lieux.
C’était une grande femme blonde qui chantait
et dansait dans son jardin. François eut l’impression qu’ autour d’elle les
fleurs s’agitaient en cadence. La dame en l’apercevant lui fit bon accueil.
Comme sa très grande beauté l’impressionnait, François lui demanda très vite en
bafouillant un peu si elle pouvait lui indiquer le chemin du village. Elle lui
répondit qu’il devait refaire le chemin inverse et passer au milieu des deux
arbres jumeaux à reculons. Après il devrait facilement retrouver sa route. Comme
François s’apprêtait à repartir après l’avoir remercié. La dame blonde regarda
le fond du panier du chercheur de champignon. Elle eut un petit sourire
malicieux et sortit de sa poche un sachet de graines qu’elle lui tendit en lui
conseillant de les semer tout de suite en arrivant chez lui. Un petit cadeau
pour qu’il se souvienne de leur rencontre, lui souffla-t-elle.
Plus tard François a bien essayé de retrouvé
le chemin qui conduit chez la Dame blonde mais il n’y ait jamais parvenu. Même
en franchissant l’étrange porte formée par les arbres jumeaux. Alors, le
chercheur de champignon a comprit la leçon : On ne décide jamais d’aller dans l’Autre-Monde c’est toujours lui qui
vient nous chercher.
Si, un de ces jours, vous passez par Belverte,
vous reconnaîtrez facilement la maison de François Clément. C’est la seule où dans le jardin au lieu de
fleurs poussent des champignons !
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