dimanche 24 janvier 2010

La Dame Verte


illustration: ©2009-2010 ~moon-blossom

Il arriva une fois qu’un jeune homme se promenait dans le Bois de Fées, non loin du village d’Aisey. N’en croyant pas ses yeux, il vit sortir du tronc d’un foyard une grande femme verte aussi attirante pour lui que l’est la lumière dansante d’une chandelle pour le Grand Paon de nuit. Incapable de maitriser son désir, il poursuivit la trop belle et s’en saisit. Ces fées-là n’aimaient guère la compagnie des humains, la Dame Verte fut d’abord un peu fâchée par l’audace du jeune homme. La serrant dans ses bras, il voulut aussitôt l’épouser. La fée ne dit pas non, ne dit pas oui. En fait, elle ne disait rien du tout ! Chaque soir, le jeune homme revenait dans ce bois avec la même supplique : " Je veux vous épouser ! " Elle finit par lui dire :
" Je t’épouserai à une condition.
Je l’accepte ! ", s’écria le fol amoureux, sans savoir. La Dame Verte lui susurra langoureusement à l’oreille : " Je serai ta femme si tu m’apportes en présent : le cœur de ta mère " ! Là, le jeune homme eut la nette sensation que tous les oiseaux de la forêt s’arrêtaient de chanter.
Il partit à la chasse dans d’autres bois et tua une biche aux yeux d’enfant. A la tombée du soir, il en ramena, pour la fée, le cœur encore chaud enveloppé dans des feuilles d’érable. Elle lui tira l’oreille, et dans un rire cruel insista : " J’ai dis le cœur de celle qui t’as enfanté, et je ne crois pas que tu sois un faon ". Ne pouvant se résoudre à cet horrible crime, il tenta de tromper la Dame Verte en lui portant le cœur d’une louve avec le même résultat. Eperdu de désir pour cette femme sauvage, il s’attaqua ensuite à une vieille gitane qui chantait en lavant son linge au bord de la rivière. Il arracha son cœur. La femme verte lui dit : " Bien joué, mais on ne trompe pas une fée ! "
Alors, il ne vit plus d’autre choix. Les larmes ruisselant sur ses joues blêmes, il vint, un triste soir, offrir le cœur de sa mère en gage de son amour. La fée se tenait devant le foyard de leur première rencontre. Elle lui posa un doigt entre les deux yeux et cela le brûla un peu. Avant de disparaitre dans la forêt profonde, elle lui cria, presque joyeuse : "Jamais, je n’épouserai un homme qui a tué sa propre mère ! " Ainsi sont les Dames Vertes. »


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je trouve que cette fée verte manque de logique: elle aurait dû l'épouser car il n'avait justement jamais pu se résoudre à tuer sa mère (problématique oedipienne?) Finalement, cette fée verte l'a incité à commettre des crimes pour rien! Le pauvre amoureux éconduit a dû être vert de rage et on l'imagine maudissant à tout jamais les fées de couleur verdâtre!
Maud

conteur de grand chemin a dit…

chère Maud,vous le savez bien, les fées ne raisonnent pas comme les humains ! Au lieu de maudire la Dame Verte, comme vous le suggérée, le jeune impétueux ne devrait-il pas plutot s'en prendre à lui-même ? Il y a dans cette histoire cruelle un petit quelque chose qui me parle...

toujours très heureux de vos "visites" !