lundi 11 novembre 2013

le tourbillon-enchanteur


 faeryhearts:    Tinker Bell — possibly, the quintessential faery. As characterized by J. M. Barrie in Peter Pan, she exhibits so many traditional faery qualities: we first experience her as a small glow of pure light; her form is only visible when stationary; she is described as “still growing.” So, like all faeries, she is in a state of flux and transformation. She is dressed in a skeleton-leaf dress, indicating that she is not only connected to nature but also inner nature. Froud
Comme une mauvaise herbe impossible à éradiquer,  la rumeur de la Houillère renaissait régulièrement sur les langues des commères du village. Agile comme une couleuvre, elle se faufilait dans les croustillants radotages des boulangeries,  dans les papotages ébouriffants des salons de coiffure, dans les blagues apéritives des bistros champêtres et dans les bavardages puérils des cours de récréations.  En vrai de vrai, une ou deux fois par an, la rumeur se propageait aussi vite qu’une épidémie de gastro-entérite. Dans son genre, elle n’était pas très vieille ; pas assez rabâchée pour s’être  métamorphosée en légende locale. Cela faisait à peine  une dizaine d’années qu’elle sévissait dans le coin. Là-bas, on murmurait que certaines personnes avaient mystérieusement disparut sur la vieille route qui traverse la forêt de la Houillère. Oui, à ce qu’on en savait les victimes étaient surtout des promeneurs du dimanche et un ou deux auto-stoppeurs. Enfin c’est ce qu’on racontait avec les lèvres pincées et les sourcils froncés.
 Des gens qui disparaissent sans explication  comme évaporés dans l’air, on peut le comprendre,  çà fout la pétoche aux autochtones. A presque tous. Les gens veulent bien mourir puisque c’est une chose normale qui arrive à tous mais disparaitre, ça  ils n’ont pas très envie. Ca ce n’est pas très catholique.
N’allez surtout pas croire que dans ce coin-là, on était plus superstitieux, plus crédules qu’ailleurs. Pas du tout. Ici, les légendes de Dames Blanches  qui font de l’auto-stop, les racontars sur les gitans qui jettent des mauvais sorts, les vieilles histoires sur les maisons hantées ; de tout cela on en rigolait, on en plaisantait à voix haute. On appelait çà des fariboles.  Par contre, des disparitions de la Houillère on n’en parlait pas facilement et si on le faisait c’était  toujours à voix basse. Les disparitions ce n’était  pas de la rigolade.
 La petite route qui traverse la forêt de la Houillère n’avait jamais été très fréquentée. Mais depuis que rôdait la rumeur des mystérieuses disparitions c’était devenu l’endroit à éviter. Le lieu maudit de la région.  Plutôt que de l’emprunter beaucoup d’automobilistes préféraient faire un détour de plusieurs kilomètres.  Chasseurs, joggeurs et chercheurs de champignons avaient totalement déserté ce secteur forestier.   A un moment l’affaire était devenue si grave que le conseil municipal avait été tenté d’installer à l’entrée de la route des panneaux  de signalisation indiquant : «  attention risque de disparition ! ».
Ce matin-là, il y avait une femme qui promenait son chien. Elle s’appelait madame Martin, c’était une nouvelle habitante du village.  Elle avait fait construire un petit pavillon, pas très loin de la forêt de la Houillère.  Elle arrivait de Besançon et elle était très contente de vivre maintenant à la campagne. Elle disait que la vie ici était beaucoup plus calme qu’en ville.  Personne au village ne lui avait parlé de la rumeur.  Une rumeur çà a vite fait de faire chuter le prix de l’immobilier. Alors on n’en parle pas à tout le monde.
Depuis qu’elle vivait là, Madame Martin promenait son chien tous les matins entre onze heures et midi.  Elle ne le voyait pas encore mais ce matin-là, il y avait un petit tourbillon de feuilles mortes qui s’agitait au milieu de la route déserte.
D’abord, c’est le chien, le caniche abricot,  qui a vu cette petite chose étrange. Ce petit tourbillon. Une sorte de tornade lilliputienne. Ça courait au ras du sol en agaçant la poussière de la route. Madame Martin en l’apercevant à son tour a sourit et a trouvé le spectacle enchanteur. Oui c’est ce mot là qui lui est venu à l’esprit  « enchanteur ». Ça n’a l’air de rien un petit tourbillon. On se dit qu’on n’a rien à craindre. Que personne ne peut avoir peur de ça. Mais voilà, ce matin-là, plus la femme s’approchait et plus le tourbillon grossissait.  Il y avait de plus en plus de feuilles mortes qui s’agitaient. En rien de temps c’est devenu comme un essaim géant. Une chose mystérieuse et grouillante. Une chose qui a finit par avaler madame Martin.
Le tourbillon l’a enveloppé puis a très vite formé autour d’elle une sorte de chrysalide. C’était doux et plutôt confortable.
Telle une chenille enfermée dans son cocon, madame Martin est restée une petite heure prisonnière du tourbillon. Et puis brusquement il l’a relâché…recraché !
Madame Martin se retrouva totalement transformé, elle était devenue… un écureuil ! Oui le petit tourbillon était magique, enchanteur, il changeait en animaux, les humains  qu’il rencontrait. Les gens ne disparaissaient pas vraiment, ils devenaient des animaux sauvages.
Alors si d’aventure, un de ces jours,  vous veniez à passer sur la route qui traverse la forêt de la Houillère ; vous verrez c’est un endroit où l’on rencontre beaucoup d’animaux. Ils ne sont pas farouches et ils ont l’air bien heureux de leur existence.  Et si vous avez envie de changer de vie, vous pouvez toujours vous mettre en quête de ce petit tourbillon. Moi, je vous verrais bien transformé en renard ou en petite souris…

 

2 commentaires:

auxhorizonsreves a dit…

De tous temps , depuis le fond des Ages , les récits de métamorphoses ont fasciné les humains ...
Circé la magicienne qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux dans l'Odyssée d'Homère ...
Apollon qui transforma la nymphe Daphné en laurier , repris plus tard par Ovide dans ses "Métamorphoses"...

le Féericologue a dit…

oui, ces références classiques peuvent se compléter avec le combat désopilant de Merlin l' Enchanteur et de Madame Mim...!